Benjamin Caillaud, L’Odyssée de l’estuaire
- Résidence terminée
Résidence en cours. Benjamin Caillaud travaille sur 2 axes : paysages et ressources des littoraux atlantiques.

Benjamin Caillaud
Photographe et docteur en histoire, Benjamin Caillaud est né à Rochefort en 1979. Il articule son travail de création autour des ressources et des paysages littoraux et il collabore à des programmes de recherches universitaires sur les recompositions des rivages atlantiques dans le contexte de la dérive climatique globale. Quand il n’arpente pas les rivages atlantiques, il marche dans les grandes villes d’Europe et d’Amérique du Nord pour y photographier le quotidien de ses habitants.
Note sur la résidence
« Je privilégie les longues marches à pied le long des côtes et explore la zone située entre les limites extrêmes des plus hautes et des plus basses marées appelée « estran ». Pour moi, comme pour beaucoup et depuis longtemps, l’embouchure de l’estuaire de la Charente marque une frontière pratique et symbolique entre terres du sud et terres du nord. Le fleuve m’impose implicitement au quotidien un choix de parcours le long du littoral : faut-il choisir un itinéraire de ce coté ou de l’autre de l’embouchure du fleuve ?
Lors des restrictions de circulation liée à l’épidémie mondiale de Covid-19, j’ai cherché les sensations procurées par mes cheminements littoraux. A distance de la mer, j’ai ainsi marché le long de la rive nord de la Charente en partant du centre-ville de Rochefort. Par l’importance de son marnage et par sa géomorphologie, l’estuaire du fleuve me permet de retrouver des impressions. En outre, les paysages soumis au jeu des marées entrantes et sortantes permettent des recompositions évoquant l’estran. Longer les rives de l’estuaire de la Charente, c’est donc pour moi arpenter le littoral. L’arpenter déjà ou l’arpenter encore.
En outre, le lieu produit un effet singulier dans la mesure où, au même instant, il est possible de longer une côte tout en apercevant un autre « littoral », c’est-à-dire la rive d’en face. Ce rivage à la fois visible et inaccessible est un appel à l’ailleurs. Les zones non urbanisées depuis trois siècles et la fondation de l’Arsenal royal, convoquent aussi une envie d’exotisme. Ce littoral à portée d’œil et ouvert au lointain m’évoque ainsi celui d’une île mystérieuse à découvrir dont je chercherai un point d’accès depuis la mer. Les bâtiments industriels isolés et dressés avec force au-dessus de l’horizon des marais accroissent l’effet de curiosité. Pour atteindre cet ailleurs, je cherche un point d’accès au rivage et je n’en trouve pas : n’y aurait-il point d’accès au rivage ? Le pont du Martrou, entre Rochefort et Echillais, constitue le seul passage régulier entre rive nord et rive sud dans cette partie de la Charente. Cependant, ce viaduc routier enjambe la question du rivage en soulevant et en redéposant ceux qui l’empruntent loin des flots tout en les redirigeant au delà de la zone estuarienne.
Sur ce terrain choisi, je veux entreprendre de parcourir l’estuaire à la recherche des points d’accès au(x) rivage(s). Il s’agira de rejoindre, Fouras, embouchure nord de l’estuaire, et Port- des-Barques, embouchure sud. Le pont suspendu de Tonnay-Charente permettra le passage d’une rive à l’autre. Il est le franchissement à sec régulier le plus en amont de cette partie du fleuve, un « amer » matérialisant la frontière de la partie estuarienne. Il constituera dans mon parcours le point de jonction des deux rives ; deux rives qui n’en formeront alors plus qu’une seule ; une même bande littorale joignant Fouras et Port-des-Barques. Je m’inventerai ainsi un nouvel itinéraire littoral via Tonnay-Charente. Je veux remettre en cause la frontière mentale que constitue le fleuve et tordre les effets de projections géographiques du territoire.
Je veux photographier ce littoral comme je photographie le littoral maritime ou océanique, c’est- à-dire comme une zone de rencontres sourdes des éléments, lieu de mes médiations intérieures. L’estuaire comme zone de front ponctuée de sentinelles sur pilotis et de vestiges des anciennes « batailles de frontières » remémorées par une matérialité minérale abandonnée ou ignorée, parfois patrimonialisée. Je veux faire deux séries de deux aller-retour pour partir à la recherche des points d’accès au rivage. Itinéraires menés depuis la terre ferme (marches) et itinéraires conduits depuis le fleuve (navigation à la dérive). Dans l’épaisseur de ce paysage, j’irai à la rencontre des femmes et des hommes vivant l’ordinaire des rivages de la Charente. Ces portraits seront les ponctuations verticales de mon travail sur terrain (faussement) plat de l’estuaire. »


Sortie de résidence
Extrait du travail photographique de Benjamin Caillaud sur l’estuaire de la Charente.
Pour marquer la sortie de résidence d’artiste de Benjamin Caillaud, le Centre International de la Mer présente en extérieur, face à la fontaine de la Corderie Royale, un extrait de son travail photographique sur l’estuaire de la Charente.

Entre le pont suspendu de Tonnay-Charente et les falaises de l’île Madame, Benjamin Caillaud a arpenté les deux rives de l’estuaire de la Charente en marchant au plus près du fleuve. Le photographe a traversé les paysages avec la force de son intimité territoriale en renouvelant chaque jour une expérience fantastique. Aucun de ses voyages photographiques ne pouvait dépasser le temps d’une journée et il devait emprunter chaque soir le chemin du retour pour rejoindre sa fille et son foyer. Avec une série d’images choisies, le Centre International de la Mer propose aux publics la bande annonce de son Odyssée de l’estuaire.